Jeudi 10 novembre 2011
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Photo : Love is a Battle field
Pas de citation en guise de titre d'article, allons directement à l'essentiel. En cette heure, 9h03, mon cerveau devrait être
saturé de divers arrêts de droit administratif, et divers articles de constitution, devoir sur table commençant dans une heure oblige. Helas, trois fois hélas, il semblerait que mon esprit en ai
décidé tout autrement. Lançons nous donc dans le développement hasardeux d’un fameux deux parties, deux sous parties.
Se confrontent déjà deux citations hélas ni issues de Kant, ni d’Hegel. "Ne
perdons rien du passé. Ce n'est qu'avec le passé qu'on fait l'avenir". (A.France) dont il espérait probablement que sa maxime aurait une fin plus intelligente qu’un débat sur la vie sentimentale,
et puis « Il faudrait rendre au passé sa véritable vocation, c'est-à-dire d'être oublié » comme le dit D.Glocheux. Pas évident à partir de ces deux points de vus récurrents , de se faire une
idée.
Sous quel prétexte donc, vouloir reprendre contact avec son ex ? Techniquement, pas pour ressasser un passé. Ça n’intéresse
personne à l’heure où chacun est allé de l’avant (oui parce que l'idée, c'est tout d'même d'être allé un minimum de l'avant). Bien sur, il y en aura toujours avec qui l'on peut directement parler
de l'ancienne relation, sur un ton humoristique, avec une sorte de tendresse pour ces souvenirs, mais souvent, c’est le genre d’ex qui est devenu gay depuis, couplé d’un « on était vraiment jeune
», et aussi parce que la vie a fait qu’il est resté dans le quotidien à travers les époques. Parfois, à défaut de se référer au passé, les gens réussissent à garder une forme de complicité
acquise. Forcément, en quelque sorte, sortir ensemble, c’est connaitre l’autre en version accélérée… alors même avec le temps, on continu d’être curieux, de se soucier.
Ça c’est dans le meilleur des cas. En vrai, souvent, il a fallu que l’eau coule sous les ponts, que chacun digère divers
chagrins, envie de vengeance (voire de meurtre), vive sa vie… et surtout, faut il que la vie de l’autre soit en mesure nous intéresser à nouveau. Parce qu'en vrai, il y a surtout ceux à qui on ne
parle plus vraiment (ou du tout), ou plus trop naturellement. Parce que oui, la fameuse eau, le fameux pont… le processus n’est pas encore achevé en fin de compte, c’est le genre de chose
absolument imprévisible, qui s’étale de plusieurs semaines, à plusieurs années (voire décennies, mais ayant 20ans, un tel commentaire m’est étrange).
Deux catégories à expliciter dès lors.
-Ceux à qui on ne parle plus parce que l’on n’a (plus) rien à leur dire (d’ailleurs, a-t-on eu un jour quelque chose à leur
dire ?), plus rien en commun au delà de conversations creuses et énervantes, la curiosité en est alors déçue. Ma foi n’y a rien de mal à ça, on ne reste pas ami avec les mêmes personnes toute sa
vie, il en est de même pour eux. On tente de reprendre contact pour raison X ou Y, curiosité, un « tiens je vais dans ta ville » ou autre, et là, vlan, aucun point commun, aucun intêret à
converser. On passe son chemin. Fin de l’histoire, allez bonne continuation dans ta vie, bisous !
-Ceux à qui on aurait encore un milliard de trucs à raconter, si l'histoire/la relation ne s'était pas d'une façon ou d'une
autre, immédiatement ou non, terminée plutôt tragiquement (incluant un ensemble de mots pas franchement polis, des gestes violents, des sms insultants et autres variantes).
L’avantage dans ces deux cas, c’est qu’au moins, on aura en dernier le souvenir d’avoir essayé, pas celui où l’on se jurait
qu’on viendrait cracher sur sa tombe.
Bien sur, on pourrait écarter ces idéaux types webérien au delà de la simple caricature (quoi que, la notion d'Idéal
Type selon Weber perdrait alors tout son sens), mais je n’ai pas la prétention de faire de ma vie et de ses cas personnels une généralité quelconque.
On reprend contact par curiosité donc. Ou pour se prouver qu’on a su enterrer la hache de guerre. C’est même une façon de se
féliciter, d’alléger sa conscience. « Waw, je fais preuve d’une telle maturité… ». Paf, 100 points de plus sur le Karma, ça compense le fait qu’on n’ai pas laissé sa place de métro à la vieille
dame d’hier, et tout le monde est content.
Il y a quelque chose d’extrêmement égoïste dans le fait de reprendre contact avec l’autre. Au delà de se prouver que notre
démarche est « mature », et d’alléger notre conscience (dans le cas où l’on ait été en tord) on a surtout envie de prouver quelque chose à l’autre. Qu’on est quelqu’un de bien ou even better,
qu’on est quelqu’un de mieux. (personne n'a envie de croiser son ex en mode "je sors faire des courses en pyjama sans maquillage combiné à un état de lendemain de cuite"). C’est un peu une sorte
de « ton jugement actuel sur ma personne est erroné par notre passé (pourri) en commun, regarde comme je suis drôle, belle, jolie, intelligente, subtile… même parfois (j’ai bien dit « parfois »
!) une sorte de « tiens, regarde ce que t’as loupé, connard ». (je n’ai pas dis que la reprise de contact était désintéressée dans 100% des cas, à l’allégement de conscience vient aussi se
coupler une sombre histoire d’égo).
Notre vie est rythmée par des gens différents. La vie sentimentale j’entends. Si on exclu les flirts et diverses relations
inintéressantes, il y a deux grosses catégories. Celle des amours, plus ou moins vrais, qui nous transforment, littéralement, pas nécessairement l’amour lui-même, mais les conséquences globales
de l’histoire etc… le genre de personne qui, avec les années, même s’il n’est plus rien, sera toujours ce symbole, il aura joué un rôle dans notre vie, (bon ou mauvais, ce point de vue pouvant
être appelé à évoluer avec les années). Et puis les autres, ceux qui sont là de passage, qui permettent simplement d’amorcer une transition dans notre vie ou d’en terminer une. Ca ne symbolise
pas des histoires importantes en soit, rien d’extraordinaire, rien que nous n’aurons pas oublié dans 10ans (allez, soyons sympa, disons 20), mais ça aura été là, à un instant T, et, à défaut
d’avoir été l’aboutissement d’une chose, c’en aura été l’infime commencement.
Pas vraiment de réponse à la question donc, rien de merveilleux non plus à reprendre quelconque contact si ce n'est alléger
sa conscience, se dire qu'on peut retirer un conflit de moins dans notre vie, avoir l'agréable perspective d'avoir pu laisser un souvenir de soi (hypothétiquement) un peu plus positif, ou avoir
une excuse pour envoyer un mail de joyeux Noël/bonne année/joyeuxanniversaire/boncouragepourtesexams ! Mais ne laissons pas de coté l'importance dans notre cerveau, de pouvoir regarder un passé
un peu moins tumultueux et un peu plus verdoyant que le champ de bataille dans lequel on l'avait laissé.